MEDITATIONS

Textes de prédication

Adorer Dieu en esprit et en vérité
Prédication du Dimanche 26 décembre 2004, par Alain F.

JEAN 4 : v 24. « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en Esprit et en Vérité ».

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« Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en Esprit et en Vérité ».

Je voudrais que nous réfléchissions ensemble ce matin, pendant quelques instants, sur cette expression qui ne me paraît pas très facile à comprendre dans toute sa dimension.

En effet les expressions : «adorer en Esprit » et «adorer en  Vérité » ne sont pas des termes aussi simples qu’on pourrait le penser au premier abord. C’est pourquoi je m’arrêterai successivement sur chacun d’elles et nous constaterons dans les deux cas, la nécessité de dépasser un premier sens qui vient immédiatement à l’esprit, non pas faux, mais insuffisant pour découvrir un sens plus profond, qui rende mieux compte de ce que Jésus dit à la Samaritaine.

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1 - Commençons par l’expression : « adorer en  esprit ».

Une première explication, logique, consiste à dire que ce mot désigne la vie intérieure et s’oppose à ce qui est à l’extérieur, c’est à dire, entre autre , aux rites, aux édifices, aux apparences.

La Samaritaine interroge Jésus sur des lieux sacrés où l’on rend un culte à Dieu.

Doit-on aller adorer Dieu au mont Garizim, haut lieu de culte des samaritains ou à Jérusalem, au temple? Quel est le bon sanctuaire, celui qui permet la meilleure rencontre avec Dieu, celui où la prière et l’offrande seront les plus performantes?

La réponse de Jésus signifierait que rendre un bon culte à Dieu ne dépend pas de l’endroit où il se déroule, mais de la foi qui nous anime; ce qui compte n’est pas où je vais adorer, mais ce que j’ai en moi.

L’adoration « en Esprit » désigne donc un culte où le recueillement, la méditation, la piété, c’est à dire ce qui ne se voit pas, occupent plus de place que les architectures et les liturgies qui se voient; un culte où l’on accorde plus d’importance à ce qui se passe dans le croyant qu’à ce qui se passe autour de lui. « Dieu tient pour agréable un culte simple et nu, sans grand amas de cérémonies », déclare Calvin.

D’où le culte protestant, dépouillé, probablement un peu austère, dont on a éliminé tout élément spectaculaire pour laisser la plus grande place à cet effort intérieur d’attention et d’intelligence qu’il faut faire pour suivre une prédication.

L’usage des médias nous apprend qu’un culte réformé s’adapte difficilement à la télévision, parce qu’il s’écoute plus qu’il ne se regarde, parce qu’il donne beaucoup à entendre et peu à voir.

Cette première explication est, me semble t-il, juste. Pourtant elle laisse échapper l’essentiel parce qu’elle se centre sur l’être humain, parce qu’elle fait tout reposer sur la qualité de sa piété, sur la valeur de sa spiritualité.

Or, quand Jésus parle de l’Esprit, il s’agit, non pas de l’esprit humain, mais du Saint-Esprit, autrement dit, de la présence et de l’action de Dieu en nous. Le Saint Esprit, c’est Dieu en tant qu’il nous atteint, nous touche, nous travaille et nous transforme.

La réponse de Jésus appelle donc une deuxième explication. Jésus renvoie la Samaritaine non pas seulement de l’extériorité à l’intériorité, mais plus radicalement de l’être humain à Dieu. La juste adoration n’est pas liée à des lieux et à des rites, mais à l’action de l’Esprit. La bonne expression de foi ne dépend pas de nos sentiments, de nos attitudes intérieures, mais de la présence active de Dieu.

Nous, nous ne savons jamais comment il faut le prier, comment on doit le servir, comment on peut aller à lui. Et peu importent nos insuffisances, nos échecs, notre incapacité à l’atteindre.

Peu importe, parce qu’il vient à nous. Là où il s’approche de nous et nous rencontre, là il rend notre culte véritable.

La Samaritaine découvrira vite qu’elle adore Dieu non pas en montant au Garizim ou à Jérusalem, mais en écoutant Jésus, parce qu’en l’homme de Nazareth, Dieu lui-même parle et agit.

Nous retrouvons là l’un des grands principes de la Réforme, celui de la justification par Grâce. Ceci signifie que vivre dans la foi ne consiste pas d’abord à faire ou à être quelque chose. Nous avons premièrement et essentiellement à recevoir quelque chose. Ce n’est pas ce que nous sommes et ce que nous faisons qui détermine notre vie, mais ce que Dieu nous donne.

Quand on ne table pas sur soi, sur ses sentiments, ses idées et ses actes, quand on compte seulement sur Dieu, alors on adore « en  Esprit », parce que l’Esprit nous a convertis.

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2 - Dans sa réponse à la Samaritaine, Jésus emploie une seconde expression : « adorer en Vérité ».

Une première explication du mot « Vérité » s’exprime par opposition à l’erreur. L’erreur c’est ce qui nous égare, ce qui nous trompe, ce qui nous conduit loin de la vérité, ou encore, ce qui nous empêche de la voir.

La vérité se trouve t-elle au mont Garizim ou à Jérusalem? Se trouve t-elle à Rome, dans telle ou telle église issue de la Réforme, ou encore, ailleurs?

Les réformateurs, au 16eme siècle, répondent nettement: « Il faut la chercher dans la Bible et non dans les conciles et les synodes, dans les Écritures et non chez Thomas d’Aquin ou chez Calvin ». Non pas que les conciles et les synodes auraient fait du mauvais travail ou que Thomas d’Aquin et Calvin ne serviraient à rien, mais leurs oeuvres, leurs déclarations, leurs décisions n’ont d’autorité et de valeur que dans la mesure où elles expliquent et appliquent le message biblique, que dans la mesure où elles y renvoient et en témoignent. C’est un autre grand principe de la Réforme qui proclame l’autorité souveraine des Écritures en matière de foi (Sola Scriptura).

Au temps de la Réforme et aujourd’hui encore, instaurer ou restaurer un culte « en Vérité » veut dire dénoncer et réfuter de fausses doctrines qui défigurent l’Évangile, le dénature, et revenir à l’enseignement biblique dans sa pureté.

Cette première explication du mot « Vérité » est certes exacte, mais elle reste insuffisante. En effet la Samaritaine est très probablement illettrée, comme l’immense majorité des gens de cette époque. Dans sa réponse, Jésus ne la renvoie pas à l’Ancien Testament qu’elle n’aurait pas su lire, et encore moins au Nouveau Testament qui n’est pas encore écrit.

Quand il parle à cette femme de « vérité », il ne se place pas sur le plan du savoir, de la connaissance, mais sur celui de l’ existence. Il ne s’agit pas d’enseignements, de dogmes, de livres, mais de cette rencontre avec Dieu qui se fait à travers sa personne et qui transforme la vie de la Samaritaine, comme celle de tous les croyants qui en font l’expérience.

Dans l’évangile de Jean, le mot « Vérité » désigne presque toujours la révélation divine qui vient vers nous et fait de nous des êtres différents, de nouvelles créatures. Quand Jésus dit:  « Je suis la Vérité », il affirme, qu  ’en lui, Dieu nous rencontre, nous touche, et devient la vérité de notre vie. Il nous appelle à une conversion de notre existence tout entière et pas uniquement de nos pensées ou de nos croyances.

Nous sommes appelés à proclamer que la vérité ne réside pas en nous, mais qu’elle vient à nous en Jésus. Nous ne la possédons jamais, elle se trouve dans ce geste de Dieu qui s’approche de nous et agit en nous. Nos doctrines ne sont pas la vérité, mais des essais, toujours imparfaits, pour l’expliquer, la formuler, l’exprimer.

La Bible elle-même n’est pas la vérité. Elle rend témoignage à une vérité qui la dépasse, celle de la Parole qui s’est fait chair. La « Vérité », c’est le Christ vivant et présent. Rendre un culte en «Vérité », signifie se convertir à lui ou plus exactement, se laisser nous convertir à lui, comme l’a fait la Samaritaine. C’est le prier de nous aider à nous ouvrir à sa Parole, à dégager en nous l’espace nécessaire pour accueillir son Esprit, son Esprit qui fait toutes choses nouvelles.

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En conclusion, nous retiendrons de notre réflexion sur ce passage de l’évangile de Jean qui rapporte les propos de Jésus à la Samaritaine: « Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent, l’adorent en Esprit et en Vérité »:

1- Si l’adoration « en Esprit » est un culte fait de recueillement, de méditation, de piété intérieure, c’est à dire une démarche de l’homme vers Dieu, elle est plus encore une attitude d’ouverture et d’accueil, au plus profond de chacun de nous, du Saint-Esprit, c’est à dire la reconnaissance joyeuse d’une démarche décisive de Dieu en faveur de l’homme.

 

2- Si l’adoration « en Vérité » est un culte fondé sur l’écoute et la compréhension des Écritures, c’est à dire une démarche humaine, elle ne trouvera sa véritable expression que pour autant que nous ayons laissé le souffle de l’Esprit saint nous envahir et nous révéler le vrai sens de la Parole faite chair, Jésus Christ.

Amen.